Christophe Larquemin, chasseur de stylos

Un visage d’acteur, un corps de marathonien : Christophe Larquemin sillonne la planète entière à la recherche de la beauté de stylos rares.

Longtemps, Christophe Larquemin chercha sa voie. Aujourd’hui, il cherche ce que les autres désirent. Au départ, ce Monsieur distingué qui a grandi à Rambouillet, au sud-ouest de Paris, souhaitait devenir journaliste. Cette première passion pour l’écriture sera détournée par des études en communication qui aboutissent dans un job d’animateur chez Sky Radio à Paris. « Le monde du showbiz ne me convenait pas vraiment », se rappelle-t-il pendant un déjeuner au Minim’s, un restaurant de la très chic rue royale de Paris. Après quelques petits boulots dont il se lassait vite, il découvre son bien-être dans l’univers d’une papeterie dont il devient directeur. Il se spécialise dans la vente de stylos de grandes marques. « Cela a crée un lien avec les clients qui me demandaient de plus en plus de stylos particuliers ». Mais le vrai déclic lui tombe dessus au domicile d’un client, collectionneur d’art moderne. « La beauté des objets et des tableaux m’a émerveillé », dit-il avec une lueur dans les yeux. Le charme de la laque des stylos Namiki est prépondérant dans le choix de son métier actuel. Car ce ne sont pas de simples instruments d’écriture, mais de véritables œuvres d’art en relief et des pièces de collection dont on ne se sépare que difficilement. « On ne s’approprie jamais vraiment un stylo Namiki, on devient l’esclave de sa beauté, prisonnier de ses couleurs, captif de ses reflets », écrit le trentenaire dans son livre « Les Quatre Saisons de Namiki » (Velvet, Paris) dont il a rédigé la moitié à la main à l’aide d’un Namiki « Goldfish », un des ses motifs préférés de la marque japonaise.

La nature, la faune, la flore, les costumes, les traditions japonaise : ces motifs issus de l’illustration japonaise de la fin du XVII siècle et les techniques de la laque, breveté en 1925, par Ryosuke Namiki le fascine. Après avoir crée les marques Namiki et Pilot en 1918 avec une plume à pointe en alliage d’iridium et d’or, le nippon Ryosuke Namiki s’attaque au corps et au capuchon des stylos. Car à l’époque, l’ébonite traditionnelle perd rapidement son éclat noir suite à l’humidité, très élevé sur l’archipel japonais. Sa laccanite, une solution chimique de la laque à base de résine de l’arbre Urushi protège par la suite l’ébonite contre la lumière, la chaleur et l’humidité. Pour défier la concurrence occidentale d’Onoto, Swan, Parker et Waterman, Namiki s’adressent aux artistes de la période Edo, spécialiste du maki-e. Cette technique de « peindre en semant de l’or » avait révolutionné, au VIe siècle, l’art de la laque ancestrale du Japon. Elle consiste à pulvériser des particules d’or, d’argent ou d’autres matières comme de la nacre sur une couche de laque noir. D’autres techniques suivront. Toutes font aujourd’hui la richesse du coffre fort de Christophe Larquemin qui rencontre ses clients au domicile ou pendant les réunions des collectionneurs à Hong Kong, Los Angeles et Washington. Régulièrement, il vend des stylos dépassants les 50 000 Euros. Sa boutique Velvet à la vénérable rue Royal, en plein quartier du luxe parisien, lui sert de pied à terre. Montblanc et Namiki restent les pièces maîtresse de sa collection, mais des stylos plus accessible attirent autant l’œil du visiteur et du collectionneur : « Beaucoup de clients cherchent également des stylos qui ont appartenu à de gens célèbres », raconte-il. Celui que Barack Obama a utilisé lors de son investiture est très recherché. Il n’existe qu’une dizaine du même modèle dans le monde. Plus coquin, dans les vitrines du Velvet, on déniche également un stylo en forme des jambes de Marlène Dietrich (Audiard).

Peu d’acheteurs les font glisser sur une feuille. Ce n’est pas l’écriture qui les fascine. Les collectionneurs s’intéressent avant tout à la rareté. L’investissement prime. « La valeur d’un stylo issu d’une édition limité, par exemple de Montblanc, peut croître de 30 000 Euros en dix ans », explique le spécialiste qui détient un grand carnet d’adresse de gens du luxe. Cela ne l’a pas empêché de garder les pieds sur terre. Le trader de stylos somptueux commande une simple salade et une eau minérale au déjeuner qu’il clôture d’un fromage blanc, généreusement nappé de miel. Et dès que son agenda le permet, il se retire dans les montagnes.

Publié dans COMMERCE INTERNATIONAL, no 85, Mai 2012